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Mois : avril 2019

Falonne Mambu : "je peins les femmes toutes nues car c’est mon histoire" 1
sisqo ndombe

Falonne Mambu : “je peins les femmes toutes nues car c’est mon histoire”

Au nom de la réputation et de la peur du jugement des autres, beaucoup de cas de violences sexuelles restent méconnus à Kinshasa. Pourtant des vies sont détruites, des rêves des jeunes filles brisés chaque jour… Falonne Mambu fait partie de ces femmes courageuses qui ont décidé de braver la honte pour combattre autrement les violences sexuelles.

Falonne n’avait que 11 ans quand pour la première elle a été victime d’un viol. Je vous laisse découvrir cette jeune fille qui se sert de la peinture pour combattre les violences faites aux femmes. Dans les lignes qui suivent, elle raconte son histoire.

Violée à tour de rôle

Je vivais chez ma tante, car c’est elle qui m’a élevée après la mort de ma mère. Son fils avait des amis qui venaient souvent à la maison. Un jour, alors qu’on m’avait envoyée acheter quelque chose, je rencontre l’un d’eux (celui qui venait souvent à la maison) et il m’appelle. Par politesse je m’approche de lui. Il demande de prendre pour lui une chaise dans la parcelle voisine. Je m’en vais prendre la chaise, mais tout d’un coup il me saisit brutalement. Là, il y avait deux autres garçons que je ne connais pas et que je n’ai jamais vus… je crie, malheureusement personne ne m’entend !

Ils m’ont frappée et déshabillée de force. Pendant que l’un est en train d’abuser de moi, les deux autres me tiennent fortement en respect et me frappent pour que je cesse de crier. Le premier passe, puis le deuxième, ensuite le troisième, et je n’ai plus de force. Même pas de bouger. Après avoir eu ce qu’ils cherchaient, ils m’ont laissée là à demi-morte, saignant…

«  N’en parle à personne ! »

Je me suis évanouie et ne m’en suis rendue compte que quand ma tante m’a conduite à l’hôpital. Elle est très affectée, mais pense préserver ma réputation. « Ne dis à personne ce qui t’est arrivé », me conseille-t-elle. Je décide d’obtempérer. Pendant ce temps, mon secret me ronge de l’intérieur au point de me rendre malade. Dans cet état, je ne peux plus sortir : j’ai arrêté l’école durant deux longues années. Déjà, je suis orpheline de mère et je ne connais pas mon père. Et voilà que je me fais violer atrocement. Qu’ai-je fais au bon Dieu pour vivre ça !  

Le nouveau départ

Des années plus tard, après un parcours entre la rue, la mendicité et un voyage couronné  d’un autre viol à Brazzaville, je décide de revenir chez ma tante qui est à Matadi.

Je n’avais pas d’argent pour y aller, mais j’ai dû voler quelques billets de francs congolais. Ne m’en tenez pas rigueur ! Je suis allée à Matadi et j’ai repris le chemin de l’école, jusqu’à ce qu’à décrocher mon diplôme d’Etat (bac). Ce n’est qu’après que j’ai retrouvé mon père à Kinshasa. Je me suis fait inscrire à l’Académie des Beaux-Arts.

La peinture, une thérapie

Si aujourd’hui je parle de moi, c’est parce que la peinture est ma thérapie. Je peins les femmes toutes nues parce que c’est mon histoire. L’histoire d’une femme brisée et détruite. L’histoire de la honte et du silence. Depuis l’année 2017, j’ai décidé de briser ce silence pour dire non à toute forme de violences que subit la femme dans notre société. J’accepte de raconter ma honte pour faire la force des autres.

Aujourd’hui je fais de cette sombre histoire ma force et celle de toutes les femmes victimes de violences sexuelles. A travers mes tableaux, j’encourage les femmes à dénoncer ce mal, car je ne souhaite cette expérience à personne. Je ne veux pas que d’autres filles subissent le même sort que moi.

Joëlle Botamba / Habarirdc
Ph. Dr Tiers