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Mois : octobre 2020

Disparition de Sindika Dokolo : les arts africains perdent leur « héraut » 1
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Disparition de Sindika Dokolo : les arts africains perdent leur « héraut »

Mécène, collectionneur, militant, l’homme d’affaires s’est imposé en une trentaine d’années comme un soutien indispensable à la création sur le continent.

L’artiste camerounais Omraam Tatcheda n’a jamais rencontré Sindika Dokolo. Pourtant, le collectionneur congolais a joué un rôle décisif dans sa carrière. « J’avais terminé mes études aux Beaux-Arts de Bologne, en Italie, depuis moins d’un an lorsque Sindika a acquis l’une de mes pièces, se souvient le peintre. Je n’étais pas connu, j’avais participé à une seule biennale… et pourtant il a déboursé 80 000 euros pour acheter l’une de mes pièces ! Aujourd’hui, qui va prendre sa place ? Les Africains qui ont de l’argent préfèrent en général s’acheter des voitures de luxe ou des châteaux… Rares sont ceux qui viennent en aide aux créateurs contemporains. »

« Il avait cette démarche très rare en Afrique de donner aux artistes la place qu’ils devraient avoir, estime comme en écho l’artiste franco-camerounaise Beya Gille Gacha, dont les œuvres ont été exposées à Rome près de pièces de la collection de Dokolo. Il n’a jamais arrêté de rencontrer des artistes, de tenter de les mettre en avant, c’est l’une des rares personnalités du monde des affaires et de la politique africaine qui pouvait inspirer les autres décideurs africains. »

Amateur précoce

Tandis que les sites d’information en continu pointent l’implication de l’homme d’affaires dans les Luanda Leaks, le monde de l’art, unanime, célèbre l’impact décisif que cet amateur précoce (il a commencé sa collection à 15 ans) et généreux a eu sur la création, et notamment la création africaine.

La commissaire d’exposition germano-camerounaise Marie-Ann Yemsi rappelle ainsi que s’il a d’abord acquis en bloc les quelque 500 œuvres de l’homme d’affaires allemand Gans Bogatzke (essentiellement des œuvres contemporaines africaines, de qualité très inégale), il n’a eu de cesse, ensuite, d’acheter des œuvres aux artistes africains, portant à plus de 3 000 le nombre de pièces accumulées dans sa collection, exposée entre autres à Luanda, dans la fondation qui porte son nom.

« Ce n’était peut-être pas un pionnier, mais c’était un homme impliqué depuis plus de vingt ans, et qui portait un vrai regard sur l’Afrique et sa création contemporaine, estime-t-elle. Son soutien aux artistes et à l’écosystème artistique africain a été massif, décisif. Il était très soucieux que des collections d’art contemporain puissent éclore sur le continent et qu’elles soient présentées aux Africains. En cela il a été indispensable. Il a forcément suscité des vocations. Beaucoup de gens ont été très contents de profiter de cette manne financière… et un peu silencieux lorsqu’il a eu des ennuis. »

Une nouvelle génération

Pour la commissaire d’exposition, Sindika Dokolo incarnait une nouvelle génération, fière, indépendante, qui ne voulait plus recevoir de leçons du monde occidental. Sa dernière exposition, IncarNations, présentée de juin à octobre 2019 au Palais des beaux-arts de Bruxelles, se voulait d’ailleurs « afrocentrée » : il invitait les Africains à apprendre à se regarder à nouveau en faisant fi du voile d’exotisme et du discrédit jeté par les anciens colonisateurs sur le continent.

Simon Njami, commissaire d’exposition, critique d’art camerounais, qui a aidé – avec l’artiste Fernando Alvim – l’homme d’affaires à constituer sa collection, rappelle la sincérité de son engagement. « J’ai rencontré Sindika à l’occasion de la présentation d’Africa Remix… Il m’a dit : ‘C’est la première fois que je vois une galerie africaine dans un grand musée. Je ne pensais pas que ce serait possible, je m’aperçois qu’il y a encore du travail à faire !’ Et nous l’avons fait. »

SE PASSER DES PRÉBENDES QUE PROPOSENT LES OCCIDENTAUX À L’AFRIQUE

« Il a su donner l’impulsion en Angola notamment… Et dans bien d’autres pays, ajoute Njami. Sans la Fondation Sindika Dokolo, il n’y aurait pas eu de pavillon africain à la Biennale de Venise en 2007. Le pavillon a été monté sans apport financier européen, ou extra-africain. Il fallait pouvoir se passer des prébendes que proposent les Occidentaux à l’Afrique. »

Et de conclure : « Il estimait aussi que l’on ne peut pas s’occuper de contemporain en laissant de côté le patrimoine, de là son idée de rapatrier le maximum d’œuvres pour en faire profiter les Africains. Il n’a jamais été un ‘pleureur’ qui mettait tout sur le compte de l’histoire, il posait des actes. »

Sindika Dokolo n’hésitait pas à mettre la pression sur les collectionneurs occidentaux accusés de posséder des œuvres volées. « Je sais précisément qui possède quoi, ici, à Bruxelles. Je connais leurs adresses, je sais qu’ils feront le bon choix », nous avait-il expliqué lors de l’exposition IncarNations, profitant d’une tribune médiatique. Il avait notamment rendu une vingtaine d’œuvres issues de pillages pratiqués lors de la guerre civile angolaise au musée de Dundo, en Angola.

« Fin, engagé, percutant »

« On a perdu un héraut, quelqu’un de fin, d’engagé, de percutant, soupire à Abidjan Alain Kablan Porquet, amateur d’art passionné et collectionneur depuis plus de vingt ans. Ce n’était pas un vieux monsieur à la bedaine triomphante, un aigri qui se bat perpétuellement contre le grand méchant Occident. C’était un vrai connaisseur qui mettait du sens dans la lecture d’un passé chahuté. Un homme beau, jeune, élégant, ce qui compte dans cette société de l’image, qui incarnait un combat légitime. »

Par Léo Pajon / JeuneAfrique.com

Quand les artistes Sammy Baloji et Kapwani Kiwanga interrogent les sociétés post-coloniales 2
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Quand les artistes Sammy Baloji et Kapwani Kiwanga interrogent les sociétés post-coloniales

Commande d’œuvres pour l’un, prix Marcel-Duchamp pour l’autre, deux artistes disséquant le passé colonial de l’Europe sont mis à l’honneur en France à l’aube de la Saison Africa 2020.

Deux noms : Kapwani Kiwanga et Sammy Baloji. Deux artistes majeurs de la scène contemporaine, deux plasticiens travaillant sur les colonisations et la persistance de l’histoire coloniale dans le présent, deux créateurs honorés aujourd’hui en France.

Flowers from Africa

La première, Kapwani Kiwanga (42 ans), vient de recevoir le prestigieux prix Marcel-Duchamp au Centre Pompidou pour son installation Flowers from Africa. En 2018, elle avait déjà été honorée par le Prix artistique Sobey et par le Frieze Artist Award de New York. Anthropologue de formation, diplômée de l’Université McGill de Montréal, l’artiste franco-canadienne aux origines tanzaniennes s’est installée dans l’Hexagone en 2005. Son travail questionne essentiellement les sociétés post-coloniales.

ELLE S’ÉTAIT PRÉSENTÉE TELLE UNE CONFÉRENCIÈRE VENUE DU FUTUR

Avec Afrogalactica, elle s’était présentée telle une conférencière venue du futur pour raconter les États-Unis d’Afrique, créés en 2058, nourrissant son travail de références à l’afrofuturisme comme au penseur martiniquais de la décolonisation, Frantz Fanon.

Avec Maji Maji, elle s’était intéressée à la rébellion des Maji-Maji contre l’occupation coloniale allemande entre 1905 et 1907, au cours de laquelle Kinjikitile Ngwale, connu sous le nom de Bokero, distribua à ses adeptes de l’eau censée les protéger des balles.

Kapwani Kiwanga s’inspire d’archives iconographiques des cérémonies d’indépendance pour recréer des compositions florales utilisées à l’époque.

Flowers for Africa, qui lui vaut aujourd’hui une reconnaissance internationale, était présentée en février 2020 au Macaal (Marrakech), dans l’exposition Have You Seen a Horizon Lately, sous le commissariat de Marie-Ann Yemsi – juste avant le confinement. Ces bouquets de fleurs destinés à se faner racontent en un raccourci saisissant une bien longue histoire. Pour ce travail au long cours entamé en 2013 lors d’une résidence à Dakar (Sénégal), Kapwani Kiwanga s’inspire en effet d’archives iconographiques des cérémonies d’indépendance afin de recréer des compositions florales utilisées à l’époque…

LES INDÉPENDANCES, DES MOMENTS REMPLIS D’ESPOIR QUI SE SONT FANÉS

Avec ses jeux de mots entre l’anglais et le français (« Still Life » signifie « nature morte »), l’œuvre rend certes hommage aux luttes pour l’indépendance, mais « avec ces compositions : comme soumises aux vicissitudes du temps, l’artiste nous invite à porter un nouveau regard sur ces moments d’accession à la souveraineté, remplis d’espoir et d’enthousiasme, qui avec le temps se sont fanés ».

Les strates de la domination coloniale

Comment raconter l’histoire ? Comment interpréter l’archive ? Autant de questions qui irriguent aussi le travail du Congolais Sammy Baloji, originaire de Lubumbashi où il est né en 1978. Longtemps connu comme photographe, il a approfondi sa pratique et son travail de plasticien enraciné dans le passé de la RD Congo explore toutes les strates de la domination coloniale, notamment économique, jusqu’au présent. La Réunion des musées nationaux–Grand Palais (RMN-GP), associée à la Saison Africa 2020, l’ont invité à concevoir deux sculptures pour les socles de la façade du Grand Palais, à Paris, du côté de la station de métro Champs-Élysées-Clémenceau.

En réponse, l’artiste a réalisé deux instruments de musique en cuivre, un sousaphone et un cor d’harmonie, qui renvoient aux instruments abandonnés en Louisiane au XIXe siècle, lors de la défaite du corps expéditionnaire français. Instruments qui furent ensuite récupérés par les esclaves et utilisés dans les fanfares (« Brass Bands »). D’où le nom de l’œuvre : « Johari – Brass Band ».

Instruments scarifiés

Deux sculptures du Congolais Sammy Baloji ornent la façade du Grand Palais située du côté de la station de métro Champs-Élysées-Clémenceau, à Paris.

L’utilisation du cuivre n’est évidemment pas un hasard, puisque ce métal abondant dans le sous-sol congolais est à l’origine d’une exploitation éhontée du pays et de sa main-d’œuvre par des multinationales rapaces et des élites souvent corrompues, et ce depuis 1885. Sammy Baloji a scarifié le cuivre de ces instruments en référence aux pratiques anciennes éradiquées par la présence coloniale, et il les a disposés dans des structures métalliques reprenant la forme de minerais du Katanga. Les instruments semblent ainsi emprisonnés dans des cages de métal. Un geste fort de sens qui prolonge ses travaux précédents.

UNE RÉFÉRENCE À CE QUI DEMEURE DANS L’OMBRE MAIS INFLUENCE LE VISIBLE

« Tout part d’anciennes photos d’archives utilisées pour des classifications ethnographiques qui viennent des collections du Musée royal de l’Afrique centrale de Tervueren », expliquait Baloji lors d’une précédente exposition où les scarifications jouaient déjà un rôle. On retrouve dans ce travail la recherche polysémique propre à l’œuvre de Baloji, et une référence à ce qui est connu, à ce qui est caché, à ce qui demeure dans l’ombre mais influence le visible.

Sammy Baloji est originaire de Lubumbashi où il est né en 1978.

Le terme Johari fait ainsi référence à la « fenêtre de Johari » qui sert à classer les différentes informations accessibles, ou pas, à une personne. Fort d’une riche actualité, Sammy Baloji présente actuellement à la galerie Imane Farès l’exposition Kasala: The Slaughterhouse of Dreams or the First Human, Bende’s Error, jusqu’au 14 novembre.

La consécration simultanée de ces deux artistes pourrait apparaître comme un simple hasard, mais peut-être s’agit-il d’un peu plus que cela. Débat sur les restitutions, organisation d’une saison consacrée à l’Afrique, multiplication des publications et des expositions consacrées à la période coloniale : plus que ses voisins, la France se penche sur son passé et accepte peu à peu de le regarder en face.

Par Nicolas Michel / JeuneAfrique

Un militant qui a saisi des œuvres d’art africaines du musée parisien défend un « acte politique » lors du procès français 3
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Un militant qui a saisi des œuvres d’art africaines du musée parisien défend un « acte politique » lors du procès français

Le fait de déloger des œuvres d’art africaines d’un musée européen est-il une déclaration politique ou un acte criminel? C’est la question qu’un tribunal français a pesé mercredi dans un procès chargé d’émotion centré sur un activiste congolais faisant campagne pour reprendre des œuvres d’art qui, selon lui, ont été pillées par des colonisateurs.

«Cela nous appartient!» a crié une femme noire qui assistait au procès, fondue en larmes et se précipitant après qu’un avocat du musée du Quai Branly à Paris ait insisté sur le fait que ses fonds – dont des dizaines de milliers d’œuvres d’art provenant d’anciennes colonies – appartenaient à l’État français.

Emery Mwazulu Diyabanza, né au Congo, et quatre autres militants ont été jugés pour tentative de vol pour avoir enlevé un poteau funéraire africain du XIXe siècle de son perchoir dans le musée lors d’une manifestation de juin diffusée en direct sur Facebook. Les gardes les ont rapidement arrêtés; les militants affirment qu’ils n’ont jamais prévu de voler le travail, mais qu’ils voulaient simplement attirer l’attention sur ses origines.

Derrière presque tous les échanges dans la salle d’audience se cachait la question de savoir si et comment les anciens empires devraient expier les torts de l’époque coloniale. La question a pris une nouvelle urgence après les manifestations mondiales de cette année contre l’injustice raciale déclenchées par la mort de George Floyd aux États-Unis aux genoux d’un policier blanc.

Diyabanza a saisi cette humeur et a organisé trois manifestations muséales diffusées en direct ces derniers mois – à Paris, à Marseille et aux Pays-Bas.

Des responsables français ont dénoncé l’incident du Quai Branly, affirmant qu’il menaçait les négociations en cours avec les pays africains lancées par le président Emmanuel Macron en 2018 pour des efforts de restitution légaux et organisés.

S’il est reconnu coupable de tentative de vol en groupe d’un objet historique, Diyabanza pourrait encourir jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende (173 000 dollars). Cependant, l’avocat de l’État français n’a pas demandé de peine de prison, exigeant seulement de modestes amendes. Un verdict est prévu le 14 octobre.

‘Il y a une frustration’

Diyabanza a défendu ce qu’il a appelé un «acte politique» et a déclaré qu’il était grand temps que les Africains, les Latino-Américains et d’autres communautés colonisées reprennent des trésors mal acquis. Il accuse les musées européens de fabriquer des millions d’œuvres d’art prises dans des pays maintenant appauvris comme le Congo, et a déclaré que le pôle, qui venait du Tchad actuel, devrait faire partie des œuvres renvoyées en Afrique.

«Nous sommes les héritiers légitimes de ces œuvres», a-t-il déclaré. Mais il a insisté sur le fait que «l’appropriation n’était pas mon objectif. … Le but était de marquer le symbolisme de la libération de ces œuvres. « 

Le juge président a demandé aux militants pourquoi ils pensaient avoir le droit de se faire justice eux-mêmes. Il a insisté sur le fait que le procès devrait se concentrer sur l’incident du pôle funéraire spécifique et que son tribunal n’était pas compétent pour juger de l’ère coloniale de la France dans son ensemble.

L’avocat du Quai Branly, Yvon Goutal, a fait valoir qu’en raison des discussions en cours entre la France et les gouvernements africains, « il n’y a pas besoin de cet acte politique. » L’Etat français « est très attaché à cela et sérieux » dans son suivi, a-t-il déclaré. Le procureur a déclaré que les militants auraient dû faire valoir leur point de vue par des moyens plus pacifiques.

L’avocat de la défense Hakim Chergui a fait valoir qu’il n’aurait pas fallu autant de décennies après l’indépendance des pays africains pour régler le problème. Il s’est étouffé en parlant des crânes de résistants algériens du XIXe siècle longtemps conservés comme trophées dans un musée français et est retourné dans son Algérie natale cette année.

« Il y a une frustration au sein de la population qui croît, croît, grandit », a-t-il dit, qualifiant les débats de mercredi de « procès du continuum colonial ».

Des applaudissements et des huées interrompaient périodiquement les débats. Une foule de partisans a crié de colère de ne pas pouvoir entrer dans la petite salle d’audience socialement éloignée, et les juges ont envoyé Diyabanza pour les calmer.

Le musée du Quai Branly, sur les rives de la Seine près de la Tour Eiffel, a été construit sous l’ancien président français Jacques Chirac pour présenter l’art non européen, notamment des anciennes colonies françaises.

Une étude de 2018 commandée par Macron recommandait aux musées français de restituer des œuvres prises sans consentement, si les pays africains en faisaient la demande. Jusqu’à présent, la France s’apprête à rendre 26 œuvres d’art africain – sur les quelque 90 000 œuvres censées être conservées dans les musées français, la plupart du quai Branly.

(AP)
Par urban / Photo Dr. Tiers

Objets d’art en France : Pour un retour vers la Guinée… 4
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Objets d’art en France : Pour un retour vers la Guinée…

La France a restitué au Sénégal en novembre 2019 le sabre d’El hadj Oumar Tall et au Bénin en janvier 2020, vingt-six objets d’art. Le président Emmanuel Macron dans son discours de Ouagadougou en novembre 2018 avait promis la restitution des œuvres d’art africain spolié au cours de la colonisation. Il a déclaré en substance : «Je veux que d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique» 

Cette promesse est intervenue à un moment où certaines voix se faisaient déjà entendre sur la nécessité de réparer le tort historique qui a consisté à vider des siècles auparavant l’Afrique de ses objets d’art. En juillet 2016, le gouvernement béninois avait officiellement demandé le « retour, au Bénin, des objets précieux royaux emportés par l’armée française lors de la conquête de novembre 1892». La demande est restée sans suite.

Il a fallu attendre novembre 2018, un an après le discours de Ouagadougou, pour avoir le «Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle  », commandé par E. Macron à Bénédicte Savoy et à Felwine Sarr, deux universitaires. Le rapport est composé de trois grandes parties : Restituer, restitutions et collections et accompagner les retours. Dans leurs recommandations, ces universitaires proposent la restitution rapide des objets acquis dans des conditions jugées anormales, notamment par la force, en trois étapes : La première s’étend  de 2018 à 2019, la deuxième, de 2019 à 2022 et la troisième, à partir de 2022.  

Mais en droit français, le principe d’inaliénabilité des collections publiques s’oppose à la restitution de ces objets aux Etats africains. Les auteurs du rapport proposent alors l’ajout de la disposition suivante au code du patrimoine français : « Un accord bilatéral de coopération culturelle conclu entre l’État français et un État africain peut prévoir la restitution de biens culturels, et notamment d’objets des collections de musées, transférés hors de leur territoire d’origine pendant la période coloniale française».

Malgré l’opposition de certains milieux conservateurs en France au le retour de ces objets d’art et contrairement à la pratique suivie en la matière par ses différents successeurs, E. Macron tient sa promesse. Pour surmonter les obstacles juridiques qui se dressent sur le chemin de la restitution, son gouvernement adopte un projet de loi le 15 juillet 2020 relatif à la restitutionde biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénégal.

Dans son article 1er ce projet indique qu’ « À compter de la date d’entrée en vigueur de la présente loi, les vingtsix œuvres provenant d’Abomey conservées dans les collections nationales placées sous la garde du musée du quai BranlyJacques Chirac, dont la liste figure en annexe, cessent de faire partie de ces collections. L’autorité administrative dispose, à compter de la même date, d’un délai d’un an au plus pour remettre ces œuvres à la République du Bénin ». Dans son article 2 concernant le Sénégal, le projet de loi dispose également qu’ «  À compter de la date d’entrée en vigueur de la présente loi, le sabre avec fourreau dit d’El Hadj Omar Tall conservé dans les collections nationales placées sous la garde du musée de l’Armée, dont la référence figure en annexe, cesse de faire partie de ces collections. L’autorité administrative dispose, à compter de la même date, d’un délai d’un an au plus pour remettre ces biens à la République du Sénégal».

La Guinée, prochaine destination ?

La Guinée pourrait l’être si elle en fait la demande officielle aux autorités françaises. En effet, sept objets d’art appartenant à la Guinée sont repertoriés par le rapport de Bénédicte Savoy et de Felwine Sarr (page 204) : 1. Monnaie guinzé de 19 siècle, 2. Ensemble de monnaies guinzé de 20 siècle, 3. Modèle de pirogue avant 1878, 4. Siège Cariatide (1751-1800 ?), 5. Statuette femme avant 1880, 6. Lance avant 1881, 7. Lance avant 1881.

La restitution de ces objets d’art permettra à la Guinée d’enrichir son patrimoine historique et culturel tout en en contribuant à l’essor de son tourisme.    

Par Youssouf Sylla, analyste à Conakry.
Libre opinion / Photo Dr. Tiers